Du plus loin que je puisse me souvenir, j’ai toujours été passionné par l’étude des raisons qui poussent certains à se dépasser et à délivrer « plus et mieux » que les autres… Vous voulez que je vous dise ? Et bien, je suis convaincu que nous avons tous des choses à apprendre de ces femmes et de ces hommes exceptionnels qui parviennent mieux que quiconque à se hisser au plus haut niveau de leur accomplissement personnel et professionnel… quel que soit le domaine dans lequel ils opèrent.
Et bien figurez-vous que cette semaine j’ai eu le privilège de partager quelques instants avec Carole Montillet, ancienne sportive de haut niveau (descente à ski) et médaillée d’or aux JO de Salt Lake City. Vous pensez bien que je n’ai pas pu résister à l’envie de lui poser quelques questions…
Drivers, moteurs personnels, stratégies individuelles et collectives du succès, qu’est ce qui fait que les champions deviennent des champions, qu’est ce qui fait que certains arrivent – mieux que d’autres - à se maintenir durablement au plus haut niveau ? Voici quelques unes des pistes que j’ai extraites de nos échanges !
Les meilleurs ont un sens aigu de la compétition…
« J’ai toujours voulu être meilleure que les autres et arriver avant eux ! » Au moins, cela ne laisse pas de place à l’ambigüité !! Le fait de disposer d’un Autre à « dépasser », d’une référence externe à « battre », semble agir chez de nombreux sportifs comme un démultiplicateur puissant de la motivation à se dépasser soi-même... « C’est un peu comme si l’Autre nous prévenait de nous-même et de notre tendance à nous endormir sur nos succès et nos satisfactions personnelles… »
Et ce qui est passionnant avec l’Autre, c’est qu’il n’est pas toujours prévisible, il se développe en même temps que nous, parfois plus rapidement, il nous oblige à rester toujours en alerte…
…mais ils sont également capables de jouer collectif !
« On ne réussit pas seul… Pas toujours en tout cas ! » Les champions savent mieux que personne que la victoire se nourrit également de l’esprit d’équipe et de la capacité à jouer collectif, y compris dans les sports réputés « individuels » ! Les autres peuvent souvent nous aider à progresser concrètement. Ils sont parfois un soutien, parfois un ressort… De la même façon, il faut savoir donner à l’Autre tous les éléments qui peuvent lui permettre de décrocher la Victoire lorsque l’on a joué son tour soi-même et que l’on ne peut plus gagner...
Il faut parfois accepter que ce n’est pas « soi » qui va décrocher la victoire mais que l’on va participer à la victoire de l’équipe !
Les meilleurs trouvent la motivation en eux…
« Il n’y a pas UNE motivation à gagner… Tous les champions ont leurs propres motivations. » Certains cherchent avant tout à se dépasser eux, certains veulent dépasser les autres, certains ont le désir de faire plaisir à leur entourage, de rendre leurs parents ou leur conjoint fier, de gagner de l’argent ou de passer à la télé… Il y a mille motivations qui peuvent - selon les personnes - être toutes plus puissantes les unes que les autres.
Il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises motivations, ce qui compte c’est de trouver celle qui fait sens pour soi… C’est tout !
…et s’attachent à la renouveler régulièrement !
« Quand on fait le même entrainement (ou presque) pendant plus de 15 ans, il y a forcément des moments où il faut renouveler ses moteurs… Ce qui vous fait avancer aujourd’hui n’est pas forcément ce qui vous poussera à aller plus loin demain ! » Parfois ce sont de petites choses : changer un élément dans son environnement, prendre le temps de considérer sa situation sous un angle différent, faire de nouvelles rencontres, échanger avec des personnes qui ont une manière différente d’appréhender le monde… Tout ceci peut concourir à raviver le feu sacré d’une façon ou d’une autre !
Les meilleurs savourent les victoires…
« Les victoires, c’est quelque chose de magique, c’est pour ça qu’un champion vit, c’est ça qui le fait vibrer au fond de lui-même ! ». Les victoires, il faut donc savoir les célébrer ! Les célébrer pour soi, mais aussi avec les autres… Avec toutes celles et ceux qui ont participé à rendre la performance exceptionnelle bien réelle. Pour Carole, une victoire personnelle pouvait par exemple être une victoire partagée avec l’entraîneur, le préparateur mental, le farteur qui affutait ses skis… Même si en dernier ressort elle était « seule sur ses skis » au moment de la descente, toutes ces personnes concourraient d’une façon ou d’une autre à rendre possible ses plus belles performances…
…et saisissent chacun de leurs échecs comme une chance de faire mieux !
Les échecs, au fond c’est ça qui permet véritablement de progresser. « Les gens nous prennent souvent pour des machines à gagner exceptionnelles mais ils oublient que pour arriver à un record olympique, il y a des centaines et des centaines de descentes effectuées… Où chaque mouvement est filmé puis disséqué, analysé, parfait jusqu’ à l’obtention de la technique la plus pure et la plus efficace possible ! »
La condition de sportif de haut niveau exige de l’humilité et des réelles capacités d’écoute pour permettre la remise en question et en dernier ressort la progression personnelle…
Les meilleurs n’ont pas peur de souffrir…
« L’effort et la souffrance font partie de la vie du sportif… » Dans le sport comme dans la vie, il n’y a pas de miracle, pas de magie, pas de tour de passe-passe… « Celles et ceux qui aspirent à des résultats exceptionnels doivent être prêt(e)s à en payer le prix exceptionnel ! » Et puis se confronter à l’effort et à la souffrance, cela développe des capacités de résistance indispensables pour se maintenir au plus haut niveau…
Les meilleurs croient en eux… mais surtout en leur travail !
Si Carole ne se décrit pas comme quelqu’un d’hyper confiant en elle (elle se définit plutôt comme étant timide et réservée…), elle semble en revanche dotée d’une incroyable confiance en la qualité de ses dispositions personnelles et en la technique qu’elle a acquise à force de travail et de persévérance. Pas étonnant après tout… Là encore il n’y a pas de place pour le hasard… « Si vous avez parfait vos gestes et votre technique au fil des entrainements, vous mettez toutes les chances de votre côté pour réussir le jour J… » Bien sur cette préparation de haut niveau n’est pas une « assurance tout risque » (Cf. Sa chute au JO de Turin…), mais elle permet de contrôler pas mal de paramètres impactant le succès… Et ça c’est sûr cela permet d’entrer en compet’ plus serein…
Pour les meilleurs, le changement est une chance.
« Pour un champion, le changement est une donnée à intégrer, il fait partie de notre quotidien. Changement de matériel, changement d’entraîneur, changement de pistes, changement d’équipes… Tout change, tout le temps autour de nous. » Si l’on se crispe sur le « connu », le « familier » et que l’on refuse le changement, rien d’exceptionnel (ni même de bon…) ne peut advenir ! La chance qu’ont peut être les champions – sur « nous autres mortels » - c’est que le changement leur est souvent « imposé » plus que « proposé »… Ce qui leur permet de ne pas être maintenus dans l’illusion que celui-ci serait d’une façon ou d’une autre « négociable »… Le changement n’est pas une donnée avec laquelle on peut transiger… Vous voulez réussir ? Acceptez-le !
Les meilleurs donnent le meilleur… quoi qu’il arrive !
« Des fois avant une compet’, lorsque l’on analyse la situation de manière froide et hyper rationnelle, la seule conclusion à laquelle on peut arriver, c’est : « c’est mort ! » Pourtant à chaque fois on y va avec le même entrain, la même rage de donner le maximum, de se dépasser, de gagner sur soi et de vaincre les autres. » Celles et ceux qui souhaitent se hisser au plus haut niveau doivent impérativement posséder cette éthique du dépassement personnel… Tenter systématiquement, donner toujours le meilleur, quoi qu’il arrive, quel que soit l’avis des autres ou les chances sur le papier… Ne jamais se laisser enfermer par les anticipations négatives…




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