Si chez vous aussi la « radio moquette » est une des fréquences préférées au travail, pensez à déclencher l’alarme ! Les rumeurs ne seraient pas si insignifiantes qu’elles peuvent paraître mais bien le signe d’un réel mécontentement. Ainsi, lorsque les salariés vivent dans une atmosphère d’inquiétude, le moindre événement acquiert une signification négative. Le bruit court que votre entreprise est menacée par un plan de licenciement? Qu’une profonde restructuration est en marche ? Méfiez vous, ces rumeurs pourraient bien être le reflet d’une angoisse généralisée. Si les ragots en entreprise sont révélateurs du climat social de l’entreprise, ils sont également comme le disait le psychologue Jean-Noël Kapferer, « un puissant levier pour reconstituer une cohésion sociale menacée ». Voici quatre indicateurs tendant à vous expliquer pourquoi se débarrasser de ces mauvaises ondes ne peut être que bénéfique pour votre entreprise.
1. La rumeur : signe clinique d’un style de management trop pesant
Les rumeurs permettent de surmonter les différences statuaires et remédient à un problème de communication personnelle. Face à un supérieur hiérarchique autoritaire qui fait la sourde oreille, la rumeur devient une boîte à confessions où le salarié se délivre des griefs à l'égard de son chef. Il n’est pas facile de contester le discours de son n+1 et le moyen le plus rapide pour échapper un moment à son statut "d'inférieur hiérarchique" est de lancer une rumeur aussi primaire que « Mon supérieur couche avec la secrétaire ».
2. La rumeur : moyen cathartique
Selon la psychanalyse, la catharsis est un phénomène de libération à caractère émotionnel résultant de l'extériorisation d'affects refoulés. Tout contexte organisationnel récolte un panier d’affects négatifs tels que la frustration, la haine ou la colère qui génère de l’agressivité chez le salarié. La catharsis permettrait tout simplement d’épurer et d’alléger ce panier d’affects.
3. La rumeur : signe clinique d’immuabilité au changement
Une entreprise dans laquelle la « radio moquette » serait branchée sur les haut-parleurs pourrait bien annoncer une aversion au changement de la part de ses salariés. Il se peut en effet par exemple, qu’à l’annonce d’un changement organisationnel, les salariés appréhendent la nouvelle situation et fassent ainsi courir des bruits non fondés. La rumeur permet de résister à une annonce délicate et aide à la démystifier. La psychologie clinique du travail considère le phénomène des résistances au changement comme le symptôme du besoin de chaque sujet de se voir reconnu dans son travail et d’être considéré comme contributeur de la société.
4. La rumeur : ambivalence névrotique des informations
En communication, lorsque les canaux officiels sont défaillants, les individus ont besoin de construire des informations pour pallier ce manque. La probabilité d’une rumeur s’accroît avec l’ambiguïté de l’information diffusée aux employés, voire à l'absence totale d’information. A défaut d’avoir des données claires concernant son travail, le salarié a tendance à se livrer à son « imaginaire social » afin de diminuer son anxiété.
Kapferer disait à ce propos : "Nous appellerons donc rumeur l’émergence et la circulation dans le corps social d’informations soit non encore confirmées publiquement par les sources officielles soit démenties par celles-ci".
Non il est n’est pas pathologique en soi de colporter des bruits de fond mais laisser courir une rumeur montre qu’un virus se propage dans l’entreprise. Certains dirigeants préfèrent baisser le son de la « radio-moquette » alors qu’ils devraient changer de fréquence. Prendre conscience de ces éléments c’est penser à bloquer cette station…comme vous avez d’ailleurs réussi à bloquer les réseaux sociaux personnels ! Certes l’organisation sans rumeurs est une utopie mais ne dit-on pas que nous sommes tous normalo-névrosés ?






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